Les espaces publics dans la ville à l’ère du numérique

L’hybridation entre l’espace urbain, l’espace public et les nouvelles technologies ne peut se réduire à une expression « geek » de la connectivité. Au-delà du monde technologique et numérique, ce sont avant tout les nouveaux usages qui correspondent à une transformation profonde du lien entre le citoyen et son environnement.

Urbanisme et organisation des espaces en ville

La composition et la planification des éléments architecturaux d’une ville révèlent la superposition des époques, l’adaptation constante des lieux à l’évolution des fonctions, les aléas de l’histoire et les expériences de vie des hommes. La forme et la morphologie des rues résultent également de l’organisation de l’espace souhaité pour répondre aux usages qui évoluent au fil des ans :

  • Voirie publique,
  • Trottoirs pour piétons,
  • Places, monuments,
  • Equipements urbains,
  • Enceintes,
  • Alignement des arbres,
  • Accès aux activités riveraines, etc.

« Tous les éléments qui à travers les âges expriment la transformation de l’espace public et des usages, autour de ce qu’on appelle « l’environnement urbain », « l’atmosphère urbaine », sont également apparus dans nos villes » exprime Daniel Sperling, adjoint au maire de Marseille, délégué à l’innovation et au développement par le numérique . Eclairage public, enseignes de toutes sortes, bancs publics, mobilier urbain, auvents et lieux d’attente divers typiques des transports publics et bien d’autres mais aussi enseignes, publicités, néons commerciaux ou publicitaires, autant d’éléments qui nous sont devenus familiers – mais qui peuvent aussi, en cas de développement incontrôlé, être une source de perturbation de notre espace vital quotidien.

Les valeurs exprimées par l’espace urbain

Très souvent, et dans de nombreuses villes du monde, l’espace public est un espace chaotique, mais il est toujours étroitement lié aux valeurs fortes qu’il véhicule : liberté d’accès, égalité, caractère mixte, communication ouverte, diversité, tolérance.

Au fil du temps, les espaces publics sont l’expression du pouls de la ville et de ses transformations. Ils sont au cœur de la vie de la ville et du mélange de ses habitants et sont un élément majeur de la capacité du citoyen qui s’identifie à sa ville.

C’est le grand drame de la périurbanisation métropolitaine. Cela a conduit à ce phénomène installé de manière durable dit du « gradient d’urbanité » clairement observable, par exemple en France. Cette situation se retrouve également dans les pays émergents et dans les urbanisations fermées et bien entretenues, avec des gardes privés et des dispositifs de sécurité sophistiqués. Ils sont les symboles du repli sur soi, de l’abstention à la participation à la vie civique, menée dans des « ghettos » sociaux et culturels.

Faire de la rue un lieu de partage

Un objectif majeur pour la ville intelligente est faire de la rue un lieu de partage. Et au-delà de la rue, faire de l’espace public un véritable lieu de collaboration, source de créativité et d’innovation. « La notion de partage est en effet cruciale, car elle permet, d’une part, de fluidifier les relations sociales existantes et de transformer de manière cohérente les relations du citoyen et de l’habitant avec sa ville et son environnement et son milieu socio-économique et culturel » dit Daniel Sperling.

Réseaux sociaux et pertinence géographique

La géolocalisation transforme également la nature des réseaux sociaux, qui ne sont pas seulement basés sur des affinités sociales, mais aussi et de plus en plus sur la pertinence géographique. Il permet notamment aux réseaux sociaux de s’enraciner dans le monde réel en ouvrant de nouvelles voies de rencontre et d’appropriation de l’espace urbain ou touristique.

Le fait d’associer automatiquement les informations générées par les utilisateurs à un contexte permet d’accéder dans un lieu donné à des informations qui peuvent être socialement utiles. Ces informations peuvent ensuite être rendues accessibles grâce à une interface de haute qualité et une facilité d’utilisation, ou dans un avenir proche grâce aux technologies de réalité augmentée, au service des citoyens sur des terminaux mobiles.

« Il me semble essentiel d’intégrer cette composante dans l’espace urbain et en particulier dans l’espace public, avec ces caractéristiques d’hybridation, d’instantanéité et de réversibilité d’usage » indique Daniel Sperling.

Pour finir, ces transformations doivent être prises en compte dans la conception de nouveaux projets urbains, non seulement en termes d’immobilier, mais aussi de disponibilité de lieux publics.